Deux prestataires, le même réseau. Des résultats radicalement différents. Ce que la plupart des collectivités gagneraient à évaluer avant de choisir.
Les critères habituels — prix au km, matériel, références — sont lisibles et défendables en commission.
Mais ils laissent de côté ce qui explique l'essentiel des écarts de résultats d'une campagne à l'autre.
Cet article revient sur quatre critères concrets, issus des pratiques de terrain des chercheurs de fuites Leakmited.
1. L'expérience terrain : ce que l'ancienneté apporte vraiment
Ce que 10 à 15 ans de terrain apportent concrètement
La recherche de fuites sur réseau d'eau potable est un métier qui s'apprend dans la durée. Pas seulement parce que les techniques de corrélation ou d'écoute acoustique demandent de la pratique mais parce que la majorité des difficultés réelles sur le terrain ne figurent dans aucun manuel.
Un chercheur de fuites expérimenté sait faire la différence entre le bruit d'une vraie fuite et une résonance transmise par la conduite. Il sait identifier un problème de sectorisation derrière un débit anormal. Il sait lire un réseau dans sa globalité, pas seulement chercher un signal acoustique.
Chez Leakmited, les partenaires terrain sont recrutés avec un minimum de 10 à 15 ans d'ancienneté. Tous sont issus de l'exploitation, régies, DSP, grands délégataires. Comme l'explique Thierry Despeyroux, responsable des équipes terrain : "Ils ont vraiment un bon recul pour se dire : là il y a une fuite, ça ne vient pas d'une source, ça ne peut pas être un problème électrique." (Source : Webinaire avec Idealco)
Ils ont vraiment un bon recul pour se dire : là il y a une fuite, ça ne vient pas d'une source, ça ne peut pas être un problème électrique.
Thierry Despeyroux
Des parcours issus de l'exploitation, pas seulement de la détection
Ce qui distingue ces profils, ce n'est pas uniquement le nombre d'années passées à chercher des fuites. C'est la diversité des expériences accumulées en amont.
David Di Caro, chercheur de fuites chez Leakmited, a commencé sa carrière comme plombier chauffagiste avant de travailler dans l'exploitation, puis dans une distillerie, avant de rejoindre la recherche de fuites. Il préfère d'ailleurs se définir autrement que par son titre : "Nous sommes davantage des analystes de réseau à distance et des experts de terrain."
Fabien Boudou a quant à lui démarré en 1998 dans la délégation de service public en Gironde, puis passé dix ans sur un syndicat de la Haute-Gironde regroupant 33 communes d'eau potable. C'est là qu'il a développé sa spécialité : la recherche de fuites sur réseaux en PVC, le matériau le plus difficile pour la propagation du son.
Ces parcours ont un effet concret : ces experts comprennent le langage des collectivités, connaissent les contraintes des délégataires, et savent lire une situation d'exploitation dans sa globalité, pas seulement dans le périmètre strict de la recherche de fuites.

L'œil humain, pour lire ce que les données ne capturent pas
L'expérience terrain se manifeste aussi dans la capacité à observer ce que les données SIG ne montrent pas.
En arrivant sur un secteur, David Di Caro analyse systématiquement l'état de l'enrobé, le style des constructions, l'âge apparent du réseau, autant d'indices visuels qui permettent de détecter des incohérences entre ce que la carte dit et ce que le terrain montre réellement.
C'est ce type d'analyse, difficile à formaliser, impossible à déléguer à un algorithme, qui permet de gagner du temps sur des secteurs complexes et d'éviter de chercher là où il n'y a rien à trouver.
La préparation et la méthode : ce qui se passe avant et pendant l'intervention
La préparation en amont : cartes, débits, cadrage
Une campagne efficace ne commence pas le lundi matin sur le terrain. Elle commence plusieurs jours avant.
Les chercheurs de fuites Leakmited reçoivent les zones prioritaires le jeudi ou vendredi précédant l'intervention. Ils arrivent sur site avec une première lecture du réseau déjà faite.
David Di Caro va plus loin : il s'immerge dans les cartes et les données de débit le weekend, puis débrief avec ses collègues le lundi matin pour déterminer le point de chute.
Sur site, Thierry Despeyroux organise systématiquement une réunion de cadrage avant toute intervention terrain : "On prend d'abord rendez-vous avec la collectivité pour se présenter, voir avec eux quels sont leurs problèmes, leurs points faibles, les problèmes qu'ils ont eus dans le week-end."
Fabien Boudou complète ce premier échange avec une checklist posée directement aux techniciens présents, même quand l'équipe Leakmited en amont a déjà posé les mêmes questions.
Parce que le contact humain révèle ce que les mails ne transmettent pas : l'emplacement d'un compteur de secteur oublié, un tuyau en amiante-ciment qu'il vaut mieux ne pas manœuvrer, une vanne fragile signalée oralement mais jamais notée.
Valider les données avant de chercher
Avant toute écoute au sol, les chercheurs de fuites Leakmited s'assurent que les mesures de base sont fiables.
Fabien Boudou pose systématiquement un débitmètre ultrason en série pour valider les calculs de débit nocturne transmis par l'équipe en amont, parce que les chiffres initiaux peuvent dériver et fausser toute la hiérarchisation des secteurs.
Thierry Despeyroux applique la même logique sur la sectorisation : "On contrôle les comptages et tout ce qui est sectorisation. On regarde l'étanchéité des vannes, si les secteurs sont bien étanches."
Un maillage resté ouvert après des travaux, et le débit qu'on cherche s'échappe vers un secteur voisin. On peut passer une semaine à chercher quelque chose qui n'est pas là.
Sur un réseau où un débitmètre comptait l'eau dans les deux sens à cause d'un maillage oublié et un SIG non à jour, c'est ce croisement entre observations terrain et connaissance des équipes internes qui a permis d'identifier le problème et de proposer une solution d'isolation du secteur.
Car si la sectorisation est incorrecte, il devient impossible de mesurer précisément les gains réalisés.
Adapter la méthode au type de réseau
Il n'existe pas une seule façon de chercher des fuites. La fonte résonne bien, le PVC absorbe le son. Deux matériaux, deux approches. Fabien Boudou a développé une expertise spécifique sur le PVC, le plus difficile : "Plus c'est difficile à trouver, plus on prend du plaisir à le faire."
En zone urbaine dense, le bruit ambiant masque les signaux acoustiques. Thierry Despeyroux travaille alors de nuit : "Ça nous arrive assez régulièrement, au moins une fois, voire deux fois par semaine. Il y a beaucoup moins de bruit."
En milieu rural éparpillé, la logique change : "On s'appuie sur les compteurs qui sont en place pour voir exactement où est le débit. On va chercher là où il y a le plus gros débit."
Sur les réseaux en antenne, l'écoute des vannes complète l'écoute au sol : "On fait beaucoup de vannage, on écoute les vannes au passage. Surtout sur les zones où on n'a pas beaucoup de PVC."

3. Le rapport à l'IA : savoir distinguer outil et réponse
Ce que l'IA apporte réellement
L'intelligence artificielle analyse les données du réseau : historique de fuites, matériaux, année de pose, sectorisation, pour identifier les zones où le risque de fuite est le plus élevé.
L'objectif : concentrer les recherches sur les 30 à 40% du linéaire où se trouvent la majorité des pertes, plutôt que de parcourir le réseau de façon systématique.
Thierry Despeyroux résume la place de cet outil dans son travail quotidien : "C'est un appui technique. C'est un outil. C'est un très bon outil, on est sincères. Ça nous permet de faire les 30-40% où il y a le plus de pertes sur le réseau."
Ce que l'expérience terrain apporte, au-delà de l'algorithme
L'IA cible des zones. Elle ne voit pas ce qui se passe dessus.
Elle ne détecte pas un chantier récent mal documenté, une canalisation remplacée mais absente du SIG, ou une fuite qui s'écoule dans un fossé soumis à la marée sans jamais remonter en surface. C'est là que l'expérience terrain prend le relais.
Fabien Boudou raconte une intervention sur la commune d'Izon, dans les marais de la Gironde. Deux jours bloqués, des informations incomplètes transmises par le délégataire, des recherches sur des conduites de fonte vides.
L'équipe envisage d'abandonner le secteur. Ils décident de se poser, de revoir la carte, et repèrent une longue conduite en PVC de 90mm non maillée avec une petite antenne signalée en rouge. Ils pincent une vanne pour écouter.
La fuite était là, invisible, cachée dans les ronces, dans une zone où l'eau s'écoulait dans un fossé soumis à la marée. Un riverain confirme que le lac apparu là n'avait jamais existé auparavant.
Bien que l'algorithme ait indiqué la limite entre les zones, la fuite était invisible et n'aurait jamais été trouvée sans l'expérience et l'initiative des chercheurs de fuites.
Fabien Boudou
Les experts formulent le rapport à l'IA de la même façon, chacun avec ses mots. Fabien Boudou : "L'algorithme est comme un adolescent qui a encore beaucoup à apprendre."
David Di Caro : "L'IA nourrit l'équipe, et l'équipe nourrit l'IA."

La relation avec la collectivité : un facteur déterminant pour la durabilité des résultats
La confiance comme condition du résultat
Trouver des fuites, c'est une chose. Obtenir que les réparations soient faites rapidement et correctement, c'en est une autre. Et sur ce point, la qualité de la relation avec la collectivité change tout.
Beaucoup de services d'eau ont vécu l'expérience d'un prestataire qui arrive, fait son relevé, repart avec ses données et laisse derrière lui un rapport que personne ne sait tout à fait comment utiliser. La relation reste distante, les réparations traînent, et les pertes remontent quelques mois plus tard.
David Di Caro a une approche radicalement différente. Dès le premier jour, il adopte le tutoiement, va droit au but, et fixe une règle simple avec la collectivité : pas de rapports inutiles, un appel uniquement quand il y a quelque chose d'important à signaler. "Notre objectif est de trouver des fuites. On appelle quand on a quelque chose à dire."
Thierry Despeyroux s'appuie lui sur un interlocuteur identifié dès le départ, le responsable d'exploitation ou l'agent de secteur, joignable en permanence pendant la mission. Parce que la localisation d'une fuite n'est pas toujours parfaite au premier marquage : "Des fois le trou n'est pas forcément là où on a marqué, elle est juste à côté — du coup ils nous rappellent, on revient, on écoute."
Cette boucle courte entre détection, réparation et vérification est directement liée à la performance finale. Comme le formule Thierry : "Plus on répare vite, mieux c'est pour nous. Ce qui nous intéresse, c'est la performance et le débit."
Fabien Boudou ajoute une dimension souvent négligée : la transparence quand les choses se compliquent. Une canalisation qui explose après une manœuvre de vanne, ça arrive. La question n'est pas d'éviter l'incident. C'est de le dire immédiatement, d'organiser la réparation sans délai, et de ne pas laisser la collectivité découvrir le problème par elle-même.
Le transfert de compétences : ce que les équipes internes gagnent
Un problème fréquent dans les services d'eau : les campagnes de recherche de fuites produisent des résultats ponctuels, mais ne laissent rien derrière. Les équipes internes n'ont pas appris grand-chose, et au prochain épisode de pertes, il faut tout recommencer à zéro.
Thierry Despeyroux travaille différemment. Quand des agents ou de jeunes chercheurs de fuites souhaitent accompagner sur le terrain, il les intègre à la mission : "S'il y a des jeunes chercheurs de fuites, ils viennent avec nous. Ça leur permet de se rendre compte comment ça se passe, de montrer des choses."
Au-delà de la transmission de méthode, chaque intervention est aussi l'occasion de remonter aux équipes ce qui fragilise le réseau au-delà des fuites elles-mêmes : compteurs trop anciens dont les index dérivent, zones insuffisamment sectorisées, vannes qui ne peuvent plus être manœuvrées.
Ces observations sont partagées en cours de mission, directement, sans attendre le rapport final.
Je ne me contente pas de trouver des fuites : je cherche à comprendre leur origine. C'est sans doute ça qui fait la différence, aller plus loin dans l'analyse et la compréhension du réseau.
Thierry Despeyroux

Conclusion
Choisir un prestataire de recherche de fuites, c'est évaluer des résultats.
L'ancienneté des experts mobilisés, la qualité de la préparation avant d'arriver sur site, la capacité à lire ce que le terrain montre au-delà des données, et la relation construite avec les équipes de la collectivité : ce sont ces quatre critères qui expliquent les écarts de résultats d'une campagne à l'autre.
Si vous souhaitez échanger sur ce qu'une campagne Sprint pourrait apporter sur votre réseau, les équipes Leakmited sont disponibles pour en discuter.


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